Pages glorieuses de 88 ans d’histoire de l’APES

L’Association de la presse étrangère en Suisse a été fondée le 15 juillet 1928 à Genève, alors siège de la Société des Nations ; elle est une des plus anciennes associations des journalistes professionnels en Suisse. Trois journalistes de différentes nationalités: un Français, René Gérard, un Anglais, James Challinor et un Allemand, Julius Becker sont ses fondateurs.

Le premier Président de l’APES, Dr. Julius Becker, fut correspondant du journal libéral de Berlin « Vossische Zeitung », l’un des plus anciens et plus éminents journaux en Europe qui en 1934 devint victime du National-Socialisme allemand. Dans les années 30, l’association comptait une quarantaine de membres qui représentaient les médias étrangers et travaillaient sur le sol helvétique, et elle était très active.

Durant les années de la Seconde Guerre mondiale, le travail de l’association fut temporairement paralysé par des divergences d’opinion entre les journalistes. Mais l’association a cependant survécu en faisant preuve d’une grande persévérance, de cohésion et de faculté d’adaptation.

Le 8 mai 1945, jour de l’armistice en Europe, l’APES reçut à déjeuner, le Président de la Confédération Suisse Edouard Von Steiger. Cette rencontre a permis de poser les premières bases d’une création de la carte d’accréditation et la reconnaissance officielle du statut du journaliste étranger.

A cette époque, à l’initiative du Secrétaire Général de l’APES, Rudolf E. Singer, le Foyer de la Presse a été créé à Berne pour faciliter le travail des correspondants étrangers. Monsieur Singer, correspondant pour le journal le SOIR de Bruxelles, a été le moteur et l’âme de l’APES de 1943 à 1968, il en était le fidèle Secrétaire général et ensuite durant 16 ans son Vice-Président. Grâce à lui, en 1948, le premier dîner organisé par l’APES en l’honneur du président de la Confédération Suisse Enrico Celio, est devenu par la suite une tradition importante qui compte dans la vie de l’Association.

Au début des années 50, le siège de l’association a été transféré à Berne. Le nombre des membres a fortement grandi : on comptait chaque année environ 150 personnes qui faisaient partie de l’APES en tant que membres actifs, associés ou adhérents. Durant la même période, l’association connut une intense activité tant professionnelle que sociale avec de nombreux voyages dans toutes les régions de la Suisse.

Pourtant, les relations entre les correspondants étrangers et les autorités du pays n’étaient pas toujours sans nuages. A l’époque, la Suisse a été le seul pays qui maintenait un monopole d’information pour ses journalistes parlementaires. Les journalistes étrangers n’ayant pas accès au Palais Fédéral et leurs conditions de travail étant inférieures à celles offertes à leurs homologues suisses, les agences de presse internationales fermaient leurs bureaux à Berne. En 1961, le Département fédéral de Justice et Police commença à délivrer aux correspondants étrangers des «cartes bleues fédérales», une sorte de permis de travail. A la même époque, René Mossu, alors président de l’APES­, demandait un modeste bureau de travail pour les correspondant étrangers avec des postes téléphoniques et télex au sein même du Palais fédéral. La réponse fut « non, impossible pour des raisons pratiques, mais la presse étrangère peut toujours utiliser les bureaux du Foyer de presse à l’hôtel Bellevue ». Plusieurs documents, procès-verbaux des assemblées générales et rapports du comité de l’APES témoignent de cette situation incompréhensible dans laquelle se trouvaient les correspondants étrangers qui devaient refléter la politique intérieure de la Suisse, mais qui étaient toujours défavorisés par rapport aux journalistes locaux en ce qui concernait l’accès à l’information. Pourtant, suite à de nombreuses interventions du président René Mossu auprès des autorités à Berne, dès février 1964, les membres de l’APES ont obtenu huit places au Palais Fédéral, accordé en exclusivité aux membres actifs, ainsi que l’accès au télex et aux téléphones.

Durant 16 ans, depuis 1956, René Mossu, correspondant du journal français et directeur du « Messager » de la Haute-Savoie, était président de l’APES. Il l’a voulue solidement établie, bien ancrée dans la vie nationale et internationale de la Suisse qu’il considérait comme sa seconde patrie. En 1946, il a publié un livre de souvenirs sur la Résistance en Haute-Savoie « Les Secrets d’une frontière » qui lui valut le Prix Montyon de l’Académie française et le titre de la Légion d’honneur.

En 1968, sous l’initiative de l’APES une commission spéciale de l’Association Internationale des Rédacteurs en chef se réunit à Genève. Le but de cette commission était de prendre contact avec des organismes et institutions internationales en vue de la mise au point d’une convention universelle visant à la protection des journalistes en mission périlleuse. Les textes définitifs ont été approuvés par la suite par l’Association Internationale des journalistes. Par cette démarche, l’APES a contribué à mettre cette question à l’ordre du jour d’un débat à l’Assemblée générale des Nations Unies en 1970. Après plusieurs discussions et analyses, en 1977 on a abouti à adopter l’article 79 du Protocole I – protocole additionnel aux Conventions de Genève relatif à la protection des victimes des conflits armés.

Durant de longues années, le comité de l’Association revendiquait le droit pour ses membres d’avoir le statut de correspondant accrédité, comme c’était le cas dans les autres pays. Ce n’est qu’à la fin de 1977 que le Département Politique Fédéral a décidé d’accréditer les correspondants étrangers en leur délivrant une carte de presse officielle établie selon les règles internationales. Ainsi, après 32 ans de tension, la revendication semblait avoir atteint son but. Mais bientôt la valeur de cette nouvelle carte d’accréditation, nommée « carte verte », était aussi contestée : elle n’était pas acceptée dans tous les cantons suisses et les journalistes étrangers se sentaient toujours défavorisés par rapport à leurs confrères locaux. La situation est devenue tellement tendue que lors de la rencontre avec le conseiller fédéral Pierre Aubert en 1978, le président de l’APES Alfred Zanker a ouvertement déclare : « Cette anomalie dans le domaine de la politique d’information jure avec les traditions démocratiques de la Confédération et son orientation internationale ».

Après la transformation du Département politique fédéral en Département des affaires étrangères en 1979, on voit enfin apparaître le règlement officiel sur la presse étrangère en Suisse. La situation a positivement changé en faveur des correspondants étrangers. Le règlement officiel, dont la version fut modifiée en 1992, est accessible sur le site-internet du DFAE. L’article 3 stipule que «Le Département fédéral des affaires étrangères entretient des relations privilégiées avec l’Association de la presse étrangère en Suisse et au Liechtenstein. L’APES est l’interlocuteur principal du département pour toutes les questions relatives aux représentants de media étrangers en Suisse, qu’ils soient ou non membres de l’APES»[1].

Aujourd’hui, l’APES est fière de pouvoir entretenir de bonnes relations de partenariat et compréhension mutuelle avec tous les échelons du pouvoir fédéral. Grâce à la collaboration de longue date avec Présence Suisse, Institution officielle du Secrétariat général du DFAE qui est responsable de l’image de la Suisse à l’étranger, les journalistes de l’APES participent chaque année à un voyage de presse sur un thème d’actualité, organisé et offert par l’institution. A l’invitation de la Chancellerie Fédérale les membres de l’association se rendent régulièrement à Berne pour assister aux séances du Parlement et mieux connaitre la conduite de la communication émanant du gouvernement suisse.

Grâce à l’autre fidèle partenaire de l’APES, Suisse Tourisme, les journalistes étrangers ont la possibilité de découvrir ce pays multiculturel qui est la Suisse, connaître son histoire, visiter les endroits mémoriaux et avoir par la suite d’innombrables sujets intéressants pour leurs futurs articles et reportages.

Depuis 30 ans l’Association des banquiers suisses (Swiss Bankers Association, SBA) organise à la fin de l’année un séminaire destiné exclusivement aux membres de l’APES. Grâce aux relations de collaboration avec plusieurs institutions, telles que l’Association des banques étrangères en Suisse, l’Association des Banquiers Privés Suisses, Geneva Financial Center, la Banque Nationale Suisse nos collègues reçoivent en direct l’information relative au secteur bancaire du pays – le pilier de l’économie suisse.

En 2003 a été créé le Prix de l’APES qui est conféré une fois tous les deux ans à une personnalité suisse choisie par les membres de l’association. Parmi les lauréats du Prix de l’APES on compte Adolf Ogi, Jean Zigler, Cornelio Sommaruga, Achille Casanova, Dick Marty, Hans Erni. La dernière fois le Prix de l’APES a été attribué en 2010 à l’institution helvétique Suisse Tourisme comme le témoignage de la popularité de cette organisation auprès des journalistes étrangers.

Aujourd’hui l’APES se félicite de ses excellentes relations avec les nombreuses institutions de la Confédération Suisse ainsi qu’avec les organisations internationales et étrangères basées sur le sol helvétique. Outre celles déjà mentionnées, on citera la Mission permanente de la Suisse auprès des organisations internationales à Genève, la Mission permanente du Liechtenstein, les autorités de la Ville et du Canton de Genève, le Club suisse de la Presse, l’Association des correspondants accrédités auprès des Nations Unies – ACANU, le Centre de Genève Internationale – CAGI, la Fondation Genève Place Financière, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire – CERN, le Comité International Olympique, la FIFA, les prestigieux lieux académiques suisses – l’Institut de Hautes études internationales et du Développement, l’Institut européen de l’Université de Genève, l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, Universität St.Gallen, les multinationales Nestlé et Novartis, l’Association internationale du transport aérien IATA, ainsi que plusieurs entreprises suisses et étrangers dont les sièges se trouvent en Suisse.

En janvier 2015 l’association comptait 130 membres, parmi lesquels 117 membres actifs, correspondants de grandes agences, journaux, revues, télévision et radio provenant de plus de 46 pays.

L’APES est fière de pouvoir compter parmi ses membres les journalistes hautement appréciées dans leurs pays d’origine. Par exemple, en 2012 la correspondante des média de Mexique Kyra Nunez a reçu le prix “Medal Rosario Castellanos” 2012 par lequel le gouvernement de Chiapas, province du Mexique, a récompensé son apport dans le développement culturel et humanitaire de la région. En 2013 Jamil Chade, correspondant du journal brésilien Estado de San Paulo, s’est vu attribué le titre du meilleur journaliste du Brésil qui travaille à l’étranger.

A part leur activité de journaliste, les membres de l’association sont souvent auteurs des livres qui traitent des sujets brûlants de l’actualité. Citons en exemple la journaliste danoise Anne Mette Skipper et son livre « La Suisse, les banques et l’argent sale »; le journaliste indépendant Alexandre Casella et ses livres « Breaking the rules » sur le travail dans les organisations internationales, et son récent livre, paru en 2013 chez Slatkine «Chroniques d’un Suisse errant » ; le journaliste congolais Freddy Mulongo, auteur des livres « Les dix questions » et « En toute liberté » qui parlent de la situation difficile dans son pays d’origine, Congo ; le correspondant de Frankfurter Allgemeine Juerg Altwegg et ses livres «L’odyssée du train fantôme», «Querelles de Français», «Une Suisse en crise : de Ziegler à Blocher», et le dernier avec comme coauteur Roger de Weck «L’Allemagne vue par des Suisses allemands» ; le journaliste argentin Juan Gasparini, auteur de nombreux livres d’investigation en espagnol, lauréat du prix littéraire espagnol Rodolfo Walsh et du Prix suisse de presse écrite Nicolas Bouvier.

88 ans d’existence de l’APES ont bel et bien prouvé son importance, car elle reste toujours fidèle à son but – défendre les intérêts professionnels de ses membres en vue de faciliter leur travail en Suisse.

par Emilia Nazarenko

 

[1] texte intégral à http://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/recent/media/minfo.html